Lors de sa réunion du mois d'octobre 1994, le conseil d'administration de l'Association des Universités et Collèges du Canada a accepté la proposition de l'Association canadienne des bibliothèques de recherche de créer un groupe de travail mixte chargé « de se pencher sur la crise de la communication savante et ses effets sur l'enseignement supérieur au Canada ».
Ce projet découle d'un accord unanime clair des membres de l'ABRC/CARL qui estiment que les difficultés que rencontrent les bibliothèques universitaires doivent être considérées comme des problèmes fondamentaux des universités. Le conseil de l'AUCC a convenu qu'il est essentiel d'étudier la question de la communication savante pour mettre la communauté universitaire sur la voie du succès au seuil du nouveau siècle.
Parmi les problèmes qui se posent aux universités, figurent:
Le nouveau système devrait reposer sur le principe du service juste à temps. Les obstacles et les possibilités qu'offrent respectivement les contraintes financières, les nouvelles technologies et l'explosion de l'information exigent que les universités et leurs bibliothèques érigent un système qui permettrait aux savants et aux étudiants d'accéder à l'information quand ils en ont besoin. Ce système fonctionnerait en réseau, serait économique, et offrirait un service au moment propice, tout en maintenant les valeurs de l'examen par les pairs et en protégeant les droits d'auteurs des savants et des établissements.
Le groupe de travail de l'AUCC et de l'ABRC/CARL s'est mis au travail en janvier 1995. Composé de recteurs, de vice-recteurs à l'enseignement et à la recherche ainsi que de bibliothécaires des universités membres de l'ABRC/CARL et de l'Association canadienne des petites bibliothèques universitaires (consulter l'annexe 1 pour avoir plus de détails), ce groupe élabore des priorités d'action pour faire en sorte que les bibliothèques universitaires puissent continuer à soutenir efficacement l'érudition sous toutes ses formes dans les universités canadiennes.
Ce document de travail est le premier d'une série qui a pour but de faire connaître les points importants, de décrire les initiatives prises pour les étudier, et de proposer des stratégies à court, moyen et long terme. Les membres du groupe de travail espèrent que tous les segments de la collectivité savante participeront à la recherche d'approches constructives pour s'adapter à l'environnement changeant. Étant donné que les problèmes sont complexes et que les obstacles pourraient être difficiles à surmonter, un effort commun et total s'impose.
Veuillez transmettre vos commentaires et suggestions au:
Groupe de travail de l'AUCC et de l'ABRC/CARL sur les bibliothèques
universitaires et la communication savante
a/s Association des Universités et Collèges du Canada
600 - 350, rue Albert
Ottawa, Canada K1R 1B1
Téléc. : (613) 563-9745
Adresse électronique : taskforce@aucc.ca
Murray Fraser
Président
Groupe de travail de l'AUCC et de l'ABRC/CARL sur les bibliothèques
universitaires et la communication savante
Recteur, University of Calgary
De par leurs immenses collections et nombreux services, les bibliothèques universitaires sont depuis longtemps, et dans le monde entier, l'instrument central de la recherche des connaissances pures et appliquées. Elles sont aussi vitales au savoir que les laboratoires et autres installations de recherche. Promptes à adopter la technologie informatique, les bibliothèques universitaires apprivoisent maintenant la puissance d'Internet et des systèmes électroniques pour permettre à leurs clients de repérer et d'obtenir l'information en tous formats.
Pour ce qui est des collections, les bibliothèques universitaires canadiennes font partie intégrante du patrimoine culturel national. Ainsi, les bibliothèques des établissements membres de l'ABRC/CARL possèdent plus de quarante millions de monographies, et dans l'ensemble, détiennent juste un peu plus de quarante millions de volumes de périodiques scientifiques et populaires (Statistiques de l'ABRC/CARL pour 1994). Pour leur part, les bibliothèques des membres de l'ACPBU mises ensemble ont environ sept millions de monographies et deux millions de volumes en séries. Il convient cependant de noter que ces chiffres ne représentent pas un nombre de volumes uniques; beaucoup d'établissements possèdent le même ouvrage.
La Bibliothèque nationale du Canada et l'Institut canadien d'information scientifique et technique sont tous deux des joueurs de premier plan dans la communication savante au pays. Ces organismes servent les universités canadiennes et leurs bibliothèques et ont fait de grands efforts pour se mettre à l'heure de l'électronique (voir l'annexe 2).
Les bibliothèques universitaires conservent et mettent déjà à la disposition du public un grand nombre de rapports techniques, de fonds d'archives spécialisés et uniques, des microformes, ainsi qu'une masse grandissante de documents sur support électronique. Au Canada, elles partagent aussi régulièrement leurs ressources bibliographiques. La coopération liée à la mise sur pied et au partage des réseaux est bien ancrée, un exemple étant la création de NOVANET dans le Canada Atlantique.
En fait, le paradigme de fonctionnement des universités évolue, lentement mais inexorablement, du modèle de la possession d'information sur support de papier à celui de l'accès aux ressources présentées dans de multiples formats et réparties à divers endroits.
Cependant, les bibliothèques universitaires canadiennes de toutes tailles subissent de plus en plus de contraintes au chapitre de l'accès aux réserves mondiales d'information savante; il s'agit notamment de la prolifération universelle et de la flambée des prix des publications savantes, particulièrement dans les sciences, et elles se heurtent aux limites imposées par la législation et les pratiques canadiennes relatives au droit d'auteur. à son tour, cette situation a un impact important sur le rôle de la recherche dans les milieux universitaires ainsi que sur les pratiques universitaires de promotion et d'octroi de la permanence.
Actuellement, le système de communication savante (encore largement fondé sur l'usage du papier) empêche les universités d'exercer un contrôle sur l'information savante même qui est produite en grande partie dans leurs murs.
Ce contrôle se trouve entre les mains d'un nombre relativement réduit de grands éditeurs dont les tarifs forcent de plus en plus de bibliothèques universitaires à annuler les abonnements à leurs périodiques, entraînant ainsi une hausse supplémentaire des prix pour les abonnés restants. à cela s'ajoute l'augmentation des demandes de prêts entre bibliothèques et des coûts qui y sont liés.
Le problème entourant la communication savante n'est pas propre au Canada. De fait, toutes les universités de la planète se débattent contre des difficultés (voir l'annexe 3). Même si les universités ont réussi par le passé à se tirer d'affaire, de toute évidence, il leur est impossible de continuer ainsi. à défaut de se pencher sur les limites du système actuel de communication savante, l'entreprise canadienne du savoir souffrira gravement. Les bibliothèques universitaires seront obligées de continuer à annuler leurs abonnements aux revues scientifiques les plus ésotériques et les plus coûteuses, geste qui conduira en fin de compte à la désuétude des collections par rapport à la production savante. à leur tour, les professeurs devront puiser encore plus dans leurs budgets de recherche pour acquérir des documents scientifiques onéreux.
Format:
Presque entièrement basé sur le papier et, comme sous-produit de la
publication sur papier, un peu d'édition par reproduction sur
CD-ROM. Édition limitée sur support électronique de revues savantes
émanant principalement de nouvelles disciplines et d'activités
pluridisciplinaires.
Capacité:
Limitée par le format papier et par les coûts de ce dernier,
particulièrement dans le cas des illustrés de haute qualité.
Contrôle:
Contenu produit presque totalement par des universitaires, les
coûts étant entièrement à la charge des créateurs, des
établissements et des organisations ainsi que de divers organismes
subventionnaires. Les éditeurs commerciaux des revues savantes
exigent la cession totale des droits d'auteur sur un article comme
condition de publication.
Qualité contrôlée en grande partie par des groupes bénévoles de rédaction et par des lecteurs qui évaluent et classent les articles présentés pour publication. Le processus d'examen par les pairs est l'élément par excellence d'établissement de la valeur d'une revue et est habituellement un cadeau pur et simple de la communauté savante à l'éditeur.
Les aspects commerciaux d'un périodique vendu sur le marché sont totalement contrôlés par les éditeurs qui décident de la quantité qui sera publiée, du moment de la publication, de la somme d'illustrations et du prix de vente.
Coûts:
Tout à fait imprévisibles; en hausse rapide, augmentation des coûts
des services de prêt entre bibliothèques.
Opportunité:
La distribution est lente en raison des limites pratiques et de
capacité d'un système de livraison qui repose sur l'imprimerie
et le service postal.
Une étude marquante menée récemment sur l'économie des bibliothèques de recherche a donné la conclusion que « ... dans les années 1970 et 1980, le taux d'enrichissement des fonds documentaires des bibliothèques universitaires de recherche a virtuellement stagné, alors que l'industrie nationale et internationale de l'édition a continué à produire de plus en plus de nouveaux titres chaque année. » (Anthony M. Cummings et al., University Libraries and Scholarly Communication New York City : Andrew W. Mellon Foundation, 1992, p. xviii [notre traduction]).
L'étude a aussi montré que les prix des séries, particulièrement pour les revues scientifiques, ont provoqué ce qui a été qualifié de crise de la communication savante.
L'ABRC/CARL collabore avec l'ACPBU et la Bibliothèque nationale du Canada pour rassembler des statistiques globales sur l'incidence de ces développements sur les bibliothèques universitaires canadiennes. Jusqu'à ce que l'on puisse disposer de cette information, cependant, il faut utiliser les résultats de l'Association of Research Libraries (ARL), organisme américain qui compte néanmoins quinze établissements canadiens parmi ses membres, pour illustrer ces conséquences dans le contexte nord-américain.
Les statistiques de l'ARL pour 1993-1994 montrent la tendance suivante amorcée en 1986:
De nombreux facteurs contribuent à la prolifération et à la montée des prix des oeuvres savantes. Les pratiques en cours actuellement dans le monde du savoir, comme l'embauchage, la promotion, la permanence et les processus de subvention, tendent à favoriser la production de sommes grandissantes de documentation savante. De plus, pour être officiellement reconnus et systématiquement communiqués, les travaux savants doivent être publiés idéalement dans les revues à comité de lecture les plus respectées.
Le fait également que les éditeurs de revues scientifiques insistent habituellement pour que les auteurs leur cèdent leurs droits n'arrange pas le problème. Les savants, plus enclins à répandre leurs idées qu'à jouir d'avantages commerciaux, acceptent d'abandonner leurs droits en échange de la publication de leurs travaux.
Les revues savantes les plus prestigieuses sont publiées par un petit groupe de compagnies européennes influentes. En l'absence de concurrence pour leurs produits extrêmement spécialisés, ces éditeurs peuvent tout à loisir fixer les prix en fonction de ce que le marché peut supporter. En même temps, la conjoncture économique est caractérisée par un gel ou un déclin des budgets des bibliothèques. C'est pourquoi les bibliothèques universitaires du monde entier sont obligées d'annuler systématiquement des abonnements et de renoncer à l'achat de nouveaux documents, ce qui se traduit par une détérioration régulière de leurs collections.
La législation canadienne actuelle relative au droit d'auteur (avec les retards et la confusion qui entourent la réforme du droit d'auteur) ajoute aux difficultés des érudits qui souhaitent communiquer leur savoir et explorer les travaux de leurs collègues. En raison de la commercialisation grandissante de l'information et de la facilité avec laquelle il est possible de reproduire les documents grâce à la technologie moderne, il n'est pas surprenant que le droit d'auteur soit devenu le centre du débat entre les créateurs et les utilisateurs de l'information. Le problème est de pouvoir compter sur une législation équitable et équilibrée qui respecte, d'une part, le désir légitime des propriétaires de droits d'auteur de tirer un gain raisonnable de leurs oeuvres et, d'autre part, le besoin tout aussi légitime des utilisateurs d'échanger librement des idées. Cette législation doit en même temps, respecter aussi le bien public de l'avancement des connaissances par le truchement des activités savantes. Se pose de plus le problème de la capacité de nos textes de loi en la matière de s'adapter à l'évolution galopante de l'environnement électronique.
Malheureusement, les révisions apportées en 1988 à la Loi sur le droit d'auteur ont fait pencher la balance en faveur des droits des créateurs. Il est essentiel, pour l'avenir de la communication savante, de corriger ce déséquilibre lors de la deuxième phase prochaine de révision de la loi.
En fait, les lois sur le droit d'auteur des États-Unis, du Royaume-Uni, de l'Australie et d'autres pays reconnaissent que, dans certaines circonstances bien définies, la reproduction de documents protégés par le droit d'auteur est dans l'intérêt public et n'est par conséquent pas assujettie au paiement de redevances. Au Canada, c'est ce que l'on appelle « l'utilisation équitable ».
En l'absence de dispositions raisonnables d'une portée semblable au Canada, y compris des directives sur l'utilisation équitable, le libre flot des idées, qui est essentiel à la quête du savoir et à l'avancement scientifique, sera réduit, et les universitaires canadiens se trouveront sérieusement désavantagés par rapport à leurs collègues de l'étranger.
Les réformes de la loi sur le droit d'auteur effectuées en 1988 ont aussi sanctionné la création de sociétés de gestion, organismes qui collectent les redevances au nom d'un groupe de détenteurs de droits d'auteur, habituellement les éditeurs. Actuellement, la plupart des universités ont directement conclu des ententes avec une société de gestion pour reproduire des imprimés ou, comme c'est le cas au Québec, sont couvertes par une entente négociée entre la société de gestion et le gouvernement provincial. Même si elles offrent certains avantages pour la communauté universitaire, ces ententes ne règlent pas les problèmes les plus cruciaux et controversés qui se posent dans le domaine du droit d'auteur, dont la portée de l'utilisation équitable au Canada.
De surcroît, ces ententes passent largement sous silence la reproduction électronique de travaux protégés par le droit d'auteur. Et, même si les ententes entre la société CANCOPY et les universités canadiennes moins celles du Québec couvrent la reproduction d'articles de revues et d'autres documents imprimés utilisés pour le prêt entre bibliothèques, cela n'empêche pas ce dernier secteur de se trouver au coeur d'une importante controverse. Pour la communauté universitaire, les limites irréalistes imposées aux prêts entre bibliothèques, les paiements exorbitants de redevances ou les plans impossibles à administrer de paiement des redevances pourraient avoir des conséquences désastreuses sur l'ensemble du système de communication savante.
Il est donc vital que la réforme imminente du droit d'auteur clarifie ces questions centrales en précisant les exemptions applicables aux bibliothèques et à l'éducation, et en donnant à l'utilisation équitable une définition dont la portée équivaut à celle adoptée dans la législation des principaux partenaires commerciaux du Canada.
Malheureusement, la réforme du droit d'auteur a été si lente et ardue que, d'ici à ce que la deuxième phase des réformes attendues depuis longtemps devienne loi, le Canada accusera un grand retard et sa législation devra encore être modifiée pour tenir compte des réalités de la nouvelle ère de l'information électronique.
De nombreux observateurs estiment que le concept de « bibliothèque virtuelle » - qui exploite le pouvoir de l'ordinateur personnel pour créer un système ouvert à n'importe qui, n'importe où et n'importe quand - représente l'avenir de la communication savante.
Tout nouveau système de remplacement de l'actuel (fondé sur le papier) devrait:
Grâce aux possibilités qu'offrent les nouvelles technologies, les établissements et leurs membres sont de plus en plus en mesure de fournir les services actuellement dispensés par les éditeurs commerciaux. Ainsi, malgré les pressions financières dont les universités et leurs bibliothèques font l'objet, les savants pourraient quand même s'acquitter de leur tâche de manière plus rentable et en temps opportun.
Le nouveau système de communication savante se basera inévitablement sur les capacités d'un réseau ou d'une série de réseaux, comme l'Internet et ses successeurs. Il suppose également un environnement électronique relativement omniprésent sur les campus, qui sera malgré tout utilisé dans bien d'autres buts que la communication savante.
En ce sens, il importe que les établissements d'éducation assurent un accès économique et spécialisé à l'autoroute de l'information.
Un sous-produit important de la transition vers un tel système sera l'application répandue des liens hypertextes qui offriront d'emblée des références de publications et d'autres ressources, donnant ainsi aux savants l'accès immédiat à des renseignements supplémentaires.
Le nouveau modèle devrait essayer de supprimer les limites imposées par les plafonds artificiels actuels sur la quantité d'information qui peut être « publiée », au total ou à tout moment donné. Même si la communauté universitaire établira probablement des normes, celles-ci se baseront sur des critères d'érudition et non pas sur des facteurs économiques ou technologiques. Le système pourrait accepter des éléments comme des illustrations de toutes les couleurs, des fichiers de données en chaîne, le son, la vidéo et l'animation, et pourrait se plier à toutes les langues en offrant divers caractères, symboles et polices.
Les organisations doivent revoir la formule actuelle selon laquelle elles abandonnent ou ignorent leur titre de propriétaires légaux de la production savante. Le nouveau modèle pourrait toujours concéder des droits au savant mais exiger l'octroi automatique de permis non exclusifs d'usage de la propriété intellectuelle au sein d'une organisation, d'un groupe d'organisation, ou de la communauté savante nationale ou internationale.
L'évaluation par les pairs, en tant que mécanisme de contrôle de la qualité et de la quantité, est très cotée dans le système actuel de la communication savante. Cependant, il pourrait être possible de la considérer moins comme un préalable absolu à la publication que comme une valeur qui peut s'ajouter à un travail savant au cours de sa progression dans le nouveau système.
Le nouveau système ne sera pas gratuit mais il est possible de supprimer entièrement des coûts importants (p. ex., papier, impression, emballage, affranchissement et bénéfice). Étant donné que ni le volume de documents ni la quantité d'abonnés ne dicteront les coûts, il devrait être plus aisé de prédire les coûts et les prix.
Un système de communication savante en réseau et sous le contrôle de savants devrait abolir le long intervalle actuel entre la présentation d'un article savant et la publication dans sa forme finale. Il n'y aura pas de regroupement artificiel de l'information dans des « numéros » ou « volumes »; les projets pourront être « publiés » quand ils seront prêts et la livraison sera presque instantanée.
Tant la masse que la complexité des documents enregistrés dans le système demanderont de nouveaux instruments pour répondre à des exigences comme:
Ces caractéristiques mènent inéluctablement à la conclusion que tous les éléments du dispositif actuel de communication savante (centres informatiques, bibliothèques, éditeurs, savants et universités) doivent être prêts non seulement à accepter le changement mais aussi à prendre l'initiative de modifier leur fonctionnement pour mettre à profit les atouts du nouveau modèle.
Il est également vrai que le système actuel existe depuis de nombreuses années et que, probablement, le changement ne sera ni facile ni rapide. Cependant, les pressions conjuguées de l'économie, du progrès technologique et de la demande grandissante d'information abondante, exacte et ponctuelle finira par venir à bout de cette inertie.
Pour la communauté universitaire, le tour de force consiste à canaliser ces forces afin d'optimiser les avantages du changement, qui est d'ailleurs inévitable.
De nouvelles technologies sont mises en place, de nouveaux partenariats se forgent. En même temps, une série d'initiatives entreprises sur certains fronts apportent un renouveau positif.
IntelliDoc incorpore un poste de numérisation de l'image, fait sur demande, qui balaye électroniquement les pages d'un document et crée des images numériques. Il télécopie par modem les images numérisées qui parviennent directement aux clients, ou à un poste de travail Ariel, par Internet. à partir d'images IntelliDoc, les imprimantes au laser à grande vitesse peuvent aussi produire des copies sur papier de haute qualité. Ce système représente un atout au chapitre de l'investissement du Canada dans l'information scientifique et technique de calibre mondial et, pour les clients, c'est un moyen rapide et économique d'accéder à l'information.
Le chemin de la réforme ne sera pas facile. Bien que la « construction » de la bibliothèque virtuelle puisse fort bien supprimer nombre des embûches que rencontrent les universités qui s'efforcent d'échanger les connaissances, il est clair que la réalité d'une base mondiale, totalement liée et numérisée, n'est pas pour demain. La bibliothèque virtuelle est encore une utopie, du moins pour le proche avenir.
Le projet de l'Association of American Universities sur les bibliothèques de recherche, par exemple, a prédit que seulement 20 p. 100 de l'information scientifique, technique et médicale publiée ne sera disponible en mode totalement électronique qu'en l'an 2015. Une bonne moitié des publications dans ces domaines restera sur support de papier. De plus, les prédictions d'abandon rapide du système bibliographique actuel ne tiennent pas toujours compte de points cruciaux comme les normes d'édition, les coûts élevés de la numérisation des documents déjà publiés sur d'autres supports, l'entretien de la banque de données, l'existence de mécanismes fiables de distribution et d'accès, l'acceptation de la technologie par les usagers, la facturation et le droit d'auteur, l'intégrité de l'information, et l'archivage.
Une autre option est à l'étude. Il s'agirait d'intensifier la coopération entre les universités et des organismes nationaux comme la Bibliothèque nationale du Canada et l'ICIST pour accéder plus systématiquement à leurs collections, technologies et expertise. Cependant, à la lumière de nombreuses incertitudes financières qui règnent dans les ministères et organismes fédéraux à l'heure actuelle, cette option a toutes les chances de devenir quasi impossible.
De plus, des pressions internes au monde universitaire pourraient bien retarder la solution de la bibliothèque virtuelle. Bien que les bibliothécaires soient en faveur de la numérisation de leurs collections, il est clair que la taille des collections est encore une source directe « d'orgueil universitaire ».
Les collections des bibliothèques universitaires sont dictées par les besoins en information de leur établissement. Étant donné que la grande majorité de l'information savante publiée en ce moment n'est disponible qu'à titre de marchandise commerciale, et presque exclusivement sur papier, les bibliothèques sont encore obligées d'acheter et d'emmagasiner de la documentation comme les monographies et les séries. Et parce que beaucoup de facultés et programmes semblables se retrouvent dans les universités, il en résulte une duplication des ressources documentaires.
Toute tentative de rationalisation de ces collections, qui mènerait à la mise en place d'un nouveau système en vertu duquel certaines bibliothèques accepteraient d'ériger des « centres d'excellence » dans une ou plusieurs matières et sur lesquels les établissements d'une région (ou même de tout le pays) pourraient compter, doit tenir compte des réalités de la tradition universitaire. Pour le meilleur ou pour le pire, « le volume de documents possédés » est une mesure chérie de la qualité des bibliothèques et le restera probablement pour quelque temps encore. Les bibliothèques qui participeraient au processus de rationalisation coordonnée des collections feraient sans doute des économies, mais leur nombre total de volumes n'augmenterait pas aussi rapidement que celles qui ne prennent pas part à l'opération. Il est nécessaire d'établir de nouvelles mesures pour évaluer les bibliothèques non seulement sur leur contenu physique, mais aussi sur leur capacité de repérer et de fournir l'information qui se trouve à l'extérieur de leurs murs.
Par ailleurs, il ne fait aucun doute qu'une initiative de ce type inquiéterait les professeurs qui ne disposeraient pas sur place de leurs collections de recherche; ils insisteraient probablement pour conserver diverses collections spéciales. Le virage vers les publications électroniques suscitent des inquiétudes (et beaucoup de questions). La qualité en souffrira-t-elle? Comment conserver le système d'examen par les pairs? Les articles publiés dans les revues électroniques jouiront-ils du même statut et de la même reconnaissance que ceux des revues imprimées? L'intégrité textuelle des revues électroniques pourra-t-elle être sauvegardée? Y aura-t-il un système d'archivage pour garantir la préservation des articles publiés dans les revues électroniques? Les revues électroniques feront-elles réellement réaliser des économies?
L'augmentation des coûts de livraison des documents par le prêt entre bibliothèques pourrait consommer les économies réalisées du fait de ne pas avoir à acheter de documents dans certaines matières, et les budgets des bibliothèques pourrait se ressentiraient certainement de l'incidence de l'augmentation des coûts de ce service. En fait, l'ARL estime que le coût moyen d'une transaction de prêt entre bibliothèques est de plus de 30 $US. Étant donné que l'étude qui a produit cette statistique incluait un des quinze membres canadiens de l'ARL, il est probable qu'au Canada, les coûts seraient au moins aussi élevés. Peut-être plus important, il est fort possible que les éditeurs des documents annulés compensent cet effet négatif sur leur part du marché en augmentant encore plus le prix des abonnements.
Pour que les universités canadiennes sortent vainqueurs de la crise de la communication savante, la communauté universitaire, les gouvernements, le secteur privé et d'autres groupes concernés du Canada doivent prendre des mesures concrètes tout au long de la progression vers le paradigme en émergence. C'est par un effort concerté que le Canada améliorera son rendement dans l'économie du savoir. En effet, cet effort lui permettra de soutenir efficacement l'entreprise de R-D du pays et de se poser en chef de file mondial en développant et en mettant à profit les nombreux atouts de l'autoroute de l'information.
A défaut de ce faire, le Canada risque de prendre du retard dans une économie globale où la concurrence est acharnée et où le savoir est de plus en plus considéré comme un facteur clé de production.
Pour aider le Canada à s'adapter aux impératifs de la nouvelle économie, le groupe de travail de l'AUCC et de l'ABRC/CARL estime qu'il est essentiel:
à court terme:
à moyen terme:
Le but à long terme est l'établissement d'un système d'édition décentralisé et en réseau, contrôlé par les universités elles-mêmes, qui retient les meilleures pratiques de l'ancien (p. ex. l'évaluation par les pairs) et élimine les pires (p. ex. la tarification excessive). Il convient d'admettre que ce système ne fera peut-être pas économiser beaucoup d'argent, même à long terme; p. ex. il faudra des ressources pour moderniser et entretenir les infrastructures informatiques du campus. Cependant, s'il est proprement conçu et administré, il pourrait offrir une solution de rechange valable à celui qui est déjà en passe de s'effondrer, et permettre de partager bien plus de ressources que cela est possible actuellement.
Groupe de travail de l'AUCC et de l'ABRC/CARL sur les bibliothèques universitaires et la communication savante
Représentants de l'AUCC
Murray Fraser, recteur,
University of Calgary (président)
Paul Davenport, recteur,
University of Western Ontario
James Gardner, vice-recteur (enseignement et recherche),
University of Manitoba
Deborah Hobson, vice-rectrice (enseignement et recherche),
Dalhousie University
Représentants de l'ABRC/CARL
Carolynne Presser, directrice des bibliothèques,
University of Manitoba, et présidente de l'ABRC/CARL1
Claude Bonnelly, directeur de la bibliothèque,
Université Laval
Carole Moore, bibliothécaire en chef,
University of Toronto
Représentants de l'ACPBU
Sara Lochhead, bibliothécaire, Mount Allison University,
et présidente de l'ACPBU
Joyce Garnett, directrice, Bibliothèque J.N.-Desmarais,
Université Laurentienne de Sudbury
Personne ressource
Alan MacDonald, directeur, Services d'information,
University of Calgary
Secrétariat
Sally Brown, vice-présidente, Relations extérieures, AUCC
Rosemary Cavan, secrétaire de l'association, AUCC
David McCallum, directeur général, ABRC/CARL2
Richard Nimijean, analyste des politiques
Ses collections de documents imprimés au Canada en tous formats et d'oeuvres de Canadiens publiés à l'étranger sont les plus imposantes et les plus importantes du monde. Des centres spécialisés sur la littérature, la musique et l'histoire canadiennes sont en élaboration. Les collections comptent maintenant plus de 14 millions de documents. Le dépôt légal permet à la bibliothèque d'édifier ces vastes collections et de disposer d'un fichier national complet des documents publiés au Canada. Ces fiches bibliographiques et le catalogue collectif national ainsi que les fichiers de source figurent dans la base de données automatisée de la bibliothèque, AMISCUS, qui est accessible à plus de 670 établissements répartis dans tout le pays. Enfin, le Service des thèses canadiennes est dépositaire des thèses de maîtrise et de doctorat des universités canadiennes.
L'ICIST offre un service national d'information technique comprenant la commande et la livraison documentaire par voie électronique, l'accès informatique à des bases de données ainsi qu'un service d'aide et de soutien à ses clients de l'industrie, des gouvernements et des universités du Canada. Bien que l'Institut soit subventionné par le gouvernement canadien, ses services ne sont pas gratuits; ces dernières années, il a même été obligé de se tourner vers un modèle de recouvrement des coûts. Ainsi, afin d'augmenter ses revenus, il s'oriente vers la fourniture de documents et pénètre le marché américain. Cette stratégie permettra d'améliorer le recouvrement des coûts et de continuer à offrir à sa clientèle canadienne la même gamme de services que celle qui est actuellement disponible.
L'ICIST publie également des revues savantes. Ses 14 revues scientifiques à comité de lecture attirent de nombreux auteurs du Canada et de l'étranger et sont lus dans plusieurs pays; la plupart des rédacteurs en chef de ces revues se trouvent dans une université canadienne. Enfin, le CNRC met actuellement sur pied un programme de publication de monographies.
La crise qui frappe la communication savante est un phénomène universel qui crée des problèmes complexes contre lesquels luttent beaucoup de pays. Les deux initiatives décrites ci-après mettent au jour de nombreux points qui sont communs aux bibliothèques canadiennes et américaines.
En 1992, l'AAU, en étroite collaboration avec l'ARL, a lancé le Research Libraries Project. Celui-ci a exploré les possibilités qu'offrent la communication électronique et les réseaux informatisés : Peuvent-ils servir à alléger les pressions économiques dont les universités et leurs bibliothèques de recherche font l'objet ? Peuvent-ils améliorer l'accès à l'information et la diffusion du savoir tout en réduisant les coûts de cet accès?
Dans le rapport lié à ce projet, l'AAU a déclaré que les universités devaient participer au développement de ce nouvel environnement, concevoir des options et les mettre systématiquement en oeuvre. Les trois groupes de travail chargés d'étudier la question ont formulé une série de recommandations que les membres de l'AAU ont adopté à l'unanimité en avril 1994. (Les trois groupes de travail étaient : Acquisition and Distribution of Foreign Language and Area Studies Materials; A national Strategy for Managing Scientific and Technical Information; Intellectual Property Rights in an Electronic Environment.)
Voici les recommandations qui méritent d'être soulignées:
Certaines mesures ont été prises pour mettre ces recommandations en oeuvre; les voici:
Cette initiative dérive de la crainte que les installations documentaires ne puissent pas faire face à la récente augmentation importante du nombre d'étudiants du premier cycle au Royaume-Uni. Ce comité mixte a été chargé d'enquêter à l'échelle nationale sur les futurs besoins d'expansion de ressources documentaires et d'information, y compris sur les exigences en matière de fonctionnement et d'espaces d'étude liées à l'enseignement et à la recherche dans les établissements d'enseignement supérieur et, pour compléter le tout, de repérer des moyens de répondre à ces besoins. Le rapport Follet, qui compte 83 pages, présente plus de 45 recommandations dans des domaines comme le droit d'auteur, les documents électroniques, les dépenses des bibliothèques, la création de réseaux, les indicateurs de rendement, la gestion de l'espace et la dotation en personnel. Voici les principales:
Le rapport a souligné la nécessité d'élaborer des stratégies institutionnelles d'information qui ne se concentrent pas simplement sur les bibliothèques. Ces dernières doivent collaborer avec les départements pour veiller à ce que les besoins d'information des professeurs et des étudiants soient satisfaits, en tenant compte des derniers développements de la technologie de l'information et de l'organisation de la recherche et de l'enseignement. Il a également été suggéré que le Committee of Vice-Chancellors and Principals, l'équivalent de l'AUCC au Royaume-Uni, coopère avec l'Association of American Universities et d'autres organes américains appropriés « pour trouver des moyens pratiques et efficaces d'influencer les marchés des périodiques (c'est-à-dire, les revues savantes) afin que les acheteurs de périodiques en aient pour leur argent et que les éditeurs retirent un gain équitable ».
Au Royaume-Uni, des fonds importants ont été consacrés à la construction de nouvelles bibliothèques et à des projets liés à la technologie de l'information. De plus, un nouveau comité a été formé pour étudier les problèmes de droit d'auteur.
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